Belo Monte :
pétition du Cacique Raoni

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Revue de presse

18/05/2010 - AgoraVox - Un Kayapos sur la Croisette

Comment oublier un tel visage ? Le chef indien Raoni, de la tribu des Kayapos, est devenu une célébrité internationale il y a une vingtaine d’année, lorsqu’il lança au monde un cri d’alerte pour la sauvegarde de la forêt Amazonienne, avec le soutien du chanteur Sting.

Son existence fut pourtant révélée au grand public en 1978 grâce au cinéaste Jean-Pierre Dutilleux qui, depuis lors, est devenu son ami et traducteur et le suit dans tous ses déplacements, mais aussi avec le concours de l’acteur américain Marlon Brando.

Un indien dans la ville

Raoni est de retour en France, alors qu’il n’avait pas arpenté notre territoire depuis 2000 et 2001, dates auxquelles il avait rencontré Jacques Chirac. Il est arrivé sur notre sol le 3 mai dernier, sur l’invitation du président Sarkozy, et terminera sa visite le 17. Il revient cette fois pour évoquer un projet de barrage, dans la région du Belo Monte, au Brésil, lequel serait une menace pour la forêt et les populations indigènes qui y vivent, et demande l’intervention de nombreux chefs d’Etats afin que celui-ci soit avorté.

J’ai appris sa présence chez nous à la radio, notamment parce qu’il est prévu dans sa tournée un passage à Cannes, alors que le festival international du film démarre tout juste. Si l’homme ne passe pas inaperçu, du fait du décalage temporel qu’il semble y avoir entre son mode de vie et celui des occidentaux que nous sommes, on peut craindre néanmoins que son message ne soit étouffé par les strasses et les paillettes. Tout au plus on peut s’attendre à ce qu’une pléiade de personnalités profitent de sa présence pour s’afficher avec lui et nous montrer à quel point l’avenir de la planète les inquiète.

Un monde coupé en deux

Avec la crise grecque et celles qui vont sans doute suivre, nul doute que l’écologie risque d’être reléguée au second plan. Les problèmes d’aujourd’hui retiennent toujours plus l’attention que ceux qui font appel à une projection sur le long-terme. Pourtant, d’après un tableau sur la déforestation dans le monde, publié sur le site de la Food and Agriculture Organization (FAO), l’Amérique du Sud détient la palme de ce festival de l’irresponsabilité. Ce n’est pas une découverte ; nous avons tous entendu parler depuis des décennies des conséquences désastreuses que pouvait avoir la "fonte" de la forêt primaire. Mais quelles mesures ont été prises par les instances internationales pour enrayer ce problème ? On nous a rabâché à qui mieux mieux les effets néfastes des émissions de CO2 dus à l’industrialisation galopante et, pendant ce temps là, qui s’est soucié de la déforestation ? Le propos n’est pas de minorer le réchauffement supposé de la planète et induire l’idée qu’il faut cesser de s’en préoccuper, au profit d’une forêt menacée, mais plutôt de remettre en avant un problème majeur et l’associer avec ceux déjà mondialement connus, reconnus et débattus. L’écologie ce n’est pas seulement des ours en danger, des glaciers qui disparaissent ou une banquise qui fond et provoque une montée des océans, il faut aussi prendre en compte ce qui se trame dans l’hémisphère sud : la réduction des émissions d’oxygène nécessaire à la vie que la forêt nous apporte, et la destruction d’espèces animales et végétales dans cette partie du monde, sans parler des populations locales qui sont déracinées les unes après les autres alors qu’elles ont tant à nous apprendre sur Dame Nature.

S’adapter ou être ignoré

Le chef Raoni, dans le livre qu’il a publié récemment (Mémoires d’un chef indien, aux éditions du Rocher, co-signé par Jean-Pierre Dutilleux, préfacé par Jacques Chirac (Gloups !)), évoque cette perte des traditions et du savoir des peuples anciens. Il y déplore en particulier l’abandon par les jeunes de sa tribu des valeurs d’antan, au profit d’un mode de vie qui s’occidentalise. On ne manquera pas d’observer que Raoni lui-même a désormais changé son mode de vie, tant sur le plan vestimentaire qu’alimentaire, mais pouvons-nous le lui reprocher ? Un homme qui vient de si loin (en terme de distance, comme en terme de décalage temporel) a sans doute voulu s’intégrer pour mieux faire passer son message. Vous-même, en voyage dans un pays étranger qui semble être à mille lieue de votre pays d’origine à tous points de vue, ne vous êtes-vous jamais demandé si vous alliez y faire un séjour en conquérant ou si vous alliez vous adapter aux us et coutumes du lieu visité ?
J’imagine qu’une bonne part de ceux qui ont eu la chance de voyager un peu auront choisis de s’adapter... C’est la décision la plus sage qui soit. Appelons ça tout simplement le "respect de la différence", même s’il existe des individus qui en usent et en abusent pour mieux "désintégrer" une civilisation séculaire.

De la disparition de l’espèce humaine

A trop vouloir exploiter les ressources, à trop vouloir croître et se multiplier, il ne fait aucun doute que le genre humain, s’il continue sur cette voie, ne peut que disparaître à longue échéance. La grande gagnante pourrait être la nature, se débarrassant ainsi du plus dangereux parasite de la planète. Tous les clashs financiers ne sont rien face à ce que la nature est capable de reprendre, mais ça nous l’oublions trop souvent. Et ce n’est pas l’éruption d’un volcan dans une zone aussi isolée du monde que l’Islande, aussi dommageable que puisse être cet évènement, qui nous fera prendre conscience de l’urgence à changer nos habitudes. Raoni est des rares hommes de ce monde qui savent ce que la nature peut réellement nous offrir et de l’intérêt de protéger ce don qui nous est offert. La nature nous survivra plus certainement encore qu’elle a terrassé les dinosaures il y a des millions d’années. D’ailleurs peut-être sommes nous déjà, Hommes, des antiquités du règne animal...

Ne changeons rien : dans un millénaire nous ne serons plus, un nouveau cycle verra le jour.

Date de l'article : 21/06/2010

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